Cette poésie, que j'avais soigneusement apprise et récitée à l'école, nous parle de liberté, d'évasion et de remords. Dans son texte, l'infini du ciel qui caresse le toit aspire le poète vers le bonheur devenu impalpable et qui s'est échappé. L'arbre et le toit, sont figés et traduisent son immobilité et son impuissance. La palme le berce du seul mouvement qu'il entrevoit de sa fenêtre, et des sons lui parviennent (l'oiseau, la cloche, la rumeur) qui lui suggèrent la vie qui est là et dont il s'est privé.

Quittons le poème pour en venir aux faits. De façon simplifiée, disons que Verlaine avait bu plus que de coutume ce soir la, extrémiste qui aimait le vin et la chair à l'excès, il se querella avec Rimbaud, son amant, et lui tira un balle de révolver le blessant au poignet. Il fut condamné et emprisonné. Ce n'est pas pour avoir tiré sur Rimbaud qu'il ira en prison, mais pour homosexualité considéré comme un crime à l'époque, mais ceci ouvre un autre débat...

Paul Verlaine a écrit ce poème, rongé par le remord d'avoir gâché ses belles années de jeunesse pour une querelle éthylique. Il a du ressasser un à un les mots qu'ils se sont dit dans la colère et le désespoir, mais au fond de lui, taire et regretter d'avoir bu ce soir la un verre de trop... On ne peut plus remonter le temps.

Dans cette animation, le ciel est là sur l'image du début, la mer, la palme, les cocotiers sont liberté bonheur et évasion, puis la caméra recule et se retire derrière un mur taggé d'une ville hostile, pour finir derrière la fenêtre d'un triste appartement d'où la vue est sinistre. Sur la table banale de formica, deux verres de vin, dont un est renversé par son buveur éméché et devenu maladroit. Un cendrier trône sur la table et sur le mur, un poster d'une plage... Celle qui est là devant, de l'autre coté du mur et que l'on ne voit plus, cachée par l'alcool qui mène à la misère la méprise et la pauvreté.

Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.

La cloche, dans le ciel qu'on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
Chante sa plainte.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.

Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?

Paul VERLAINE, Sagesse (1881)