La montre d'homme s'arrêta, se retourna et toisa la petite montre du haut de son cadran.
- Tu connaîs la grande horloge du temps toi ?
- Moi non, mais ma maîtresse la connaît, je suis sûr d'être à l'heure.
- Très bien allons la consulter alors, sais tu où la trouver...
- suis moi, elle m'a montré le chemin.

Voici nos deux rouages l'un à quartz et l'autre à ressort en quête de Dame l'horloge grande détentrice du temps universel. Après moult périples elles finirent par trouver Dame l'horloge.
Cette dernière était en grande discussion ou plutôt dispute avec son homologue l'horloge électronique, faite de puces numériques et câblées. Elles n'étaient pas d'accord sur une nonaseconde que les hommes avaient oubliée de définir le jour de la grande remise à Zéro du temps universel et ces deux commères s'en disputaient l'exactitude.
Nos deux montres se regardèrent perplexes, devant une telle scène de ménage.
Seulement voilà le temps continuait à passer inexorablement et n'avait rien à faire de ces querelles de clocher.

Le temps passé ne savait pas que dire car d'ailleurs étant passé il n'avait plus rien à dire.
Le temps présent trouvait le temps un peu long, et ne savait plus trop s'il avait encore le temps.
Quant au temps à venir il s'impatientait manifestement en attendant son tour...

Finalement, l'horloge numérique dit aux autres:
- Puisque c'est comme ça nous allons nous départager en faisant une course contre la montre, et que la meilleure gagne...
Elles se mirent toutes à s'emballer dans une course folle et endiablée, si folle et si rapide que les hommes ne trouvèrent plus le temps. L'horloge numérique s'emporta la première jusqu'à ne plus avoir assez de chiffres pour afficher la date et l'heure. Dame l'horloge fit tourner ses aiguilles si vite qu'elles furent emportées par la force centrifuge, se détachèrent et disparurent dans la nuit des temps. La montre d'homme se gonfla, prit son élan et se lança dans un effort si violent qu'elle épuisa sa pile en un rien de temps.

Mais notre jolie petite montre à remontoir regarda ses ressorts détendus et se dit d'un air triste:
- Puisqu'il ne reste que moi, il vaut mieux que je retourne voir ma maîtresse, elle me remontera et grâce à moi elle prendra du bon temps.

Le retour lui pris beaucoup de temps et elle arriva très en retard, juste avant que son balancier ne s'arrête. Sa maîtresse, qui la cherchait partout, la remonta aussitôt et la régla sur l'air du temps, car elle était sage.


Moralité:
"Il vaut mieux être en retard dans ce monde qu'en avance dans l'autre"

© JEAF sept. 2005